Hier, deux énormes feux de pneus ont encore été allumés sur les quais de l'Odet. : Vincent MOUCHEL.

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Ils regardent d'un mauvais oeil les visites à répétition des Carhaisiens. Une réunion avait lieu hier soir avec la Ville et le préfet. (Lire également en 6).

« On est pris en otages », « on en a ras le bol », « ça commence à bien faire »... Ils sont énervés les commerçants du centre-ville. Voir les Carhaisiens débarquer à Quimper tous les deux jours, quand ce n'est pas tous les jours, les agace fortement.

« Les gens de Carhaix ont toute notre sympathie, confie Gweltaz Ar Fur. Mais la gêne qu'ils occasionnent est de moins en moins supportable. On espère que le problème va être réglé rapidement et que ça ne va pas s'envenimer. »

Hier matin, deux feux de pneus ont été allumés de chaque côté des quais, réduisant considérablement l'accès à la rue du Parc notamment. Certains commerces ont baissé leurs rideaux. D'autres sont restés ouverts mais n'ont pas vu grand monde.

« On est ouvert pour rien puisque personne ne rentre dans la boutique. Les parkings ne sont pas accessibles alors les gens ne s'embêtent pas à descendre en ville », déplore un commerçant. D'autant plus énervé que son appartement situé dans cette même rue est noirci par les fumées qui pénètrent à l'intérieur malgré les fenêtres qui restent fermées.

Les manifestants comprennent le ras-le-bol des commerçants « mais si nous voulons que notre action ait un impact, nous ne devons pas nous disperser », explique Christian Troadec, maire de Carhaix. Mais avec certains commerçants, le ton est parfois monté. « On assure pour l'instant la sécurité des biens et des personnes mais où en est la liberté de travailler ? Les conséquences économiques pour la ville sont désastreuses », s'emporte Christophe Pougnier de L'Epée.

Beaucoup ne comprennent plus l'action des Carhaisiens. « Nous, on y est pour rien et on aimerait bien travailler. C'est pas la préfecture qui décide pour l'hôpital de Carhaix, c'est l'Agence régionale d'hospitalisation et ça, c'est à Rennes ! », expliquaient en choeur des commerçantes de la galerie de l'Epée.

Jusqu'aux halles, les effets de la manifestation se font sentir. Yves Gentric y est charcutier. « Il y a une grosse préoccupation des commerçants des halles sur la perte de chiffre d'affaires. Ce n'est pas dû uniquement à l'hôpital de Carhaix, mais c'est lié à la répétition des manifestations depuis un mois. Samedi dernier, ça a été très sensible. Dans mon cas, cela s'est traduit par une perte de 300 € ou 350 €. »

Dans la rue Sainte-Catherine, l'ambiance est morose également. Là-bas, personne ne passe tellement le secteur est quadrillé. « Je suis de tout coeur avec toutes les mamans enceintes qui vont devoir faire plus de route pour accoucher ; mais ma caisse est vide car personne ne peut accéder à ma boutique... », glisse Philippe Morel, disquaire indépendant.

« Effort exceptionnel »

Hier soir, trois commerçants des Vitrines et un des halles ont été reçus pendant plus de deux heures par le préfet lors d'une table ronde avec la mairie. Patrick Jouan, Catherine Laurent-Christien, Gérard Rougée et Yves Gentric ont longuement exposé la situation du commerce : « Les manifestations mettent les trésoreries en péril, résume Patrick Jouan. Nous connaissons plusieurs commerces au bord du dépôt de bilan. On comprend que les gens manifestent, mais on n'accepte pas la prise en otages sur un sujet qui nous est étranger. »

Les commerçants indiquent que le préfet les a assurés d'un « effort exceptionnel » le moment venu pour remettre d'aplomb la situation. Reste à définir les modalités (fiscales, sociales, économiques...) de cet effort. Les Vitrines promettent de s'y atteler.